Interview des membres de Emerging Artists

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L’interview

Emerging artists, vos projets font preuve d’une grande variété, allant du documentaire à la web-série comique. Comment un projet s’impose-t-il à vous?

Joel: Je pense que cela vient d’une diversité dans la créativité au sein de l’équipe. Nous avons tous notre propre style et tant mieux, cela nous permet d’explorer plusieurs domaines.

Océane : Oui, la variété est déjà là avec nos différents caractères. Les projets personnels naissent d’une idée, se travaillent et se concrétisent avec nos propres moyens et beaucoup de persévérance. Lors des mandats, nos idées sont plus ou moins aiguillées par le client… Par exemple, cette année 2017 a définitivement été l’année des clips vidéo, avec une dizaine de réalisations. Les années précédentes étaient plus marquées par des courts-métrages personnels. Beaucoup de projets viennent à nous grâce au bouche à oreille pour le moment.

Ruben: Quand on veut devenir réalisateur on a toujours un domaine de prédilection : il y en a qui veulent réaliser uniquement de la fiction, d’autres des clips-vidéo… Nous, nous avons la chance d’avoir une équipe très polyvalente à ce niveau là, même si tous les trois rêvons d’un jour tourner notre premier long-métrage de fiction. La plupart du temps, un futur projet se construit lorsque nous sommes tous réunis et qu’on commence à déconner ou à argumenter autour d’un sujet. On trouve souvent une bonne idée vers quatre heures du matin. Si elle nous captive encore le jour suivant, c’est qu’elle s’est imposée à nous…

Plusieurs d’entre vous (Joel, Océane et Ruben) êtes donc réalisateurs. Sur vos tournages, comment se répartissent les rôles ? Vous avez plusieurs casquettes ?

Ruben : Nous nous sommes toujours entraidés, ça fait partie de notre force sur un plateau de tournage. Si à la base nous sommes trois réalisateurs, plusieurs d’entre nous ont déjà eu la possibilité de travailler en tant que technicien sur d’autres projets externes. Joel bosse souvent avec Machinos.ch par exemple, du coup sur nos projets il vient en tant que machiniste. Océane est très douée à la caméra, par conséquent elle a pu s’exercer en tant que cadreuse ou assistante caméra. Personnellement j’ai toujours eu une deuxième passion cachée au fond de moi :  l’éclairage. Alors, quand Joel ou Océane réalisent, je les aide à l’image. Nous nous réjouissons également de pouvoir collaborer avec d’autres collègues, ce qui arrive fréquemment.

Océane : C’est vrai, je suis souvent derrière la caméra et puis il faut bien aider ces loustiques de genre masculin à préparer correctement leurs projets ! Je co-réalise avec Ruben notre documentaire « La Tierra del Silencio », et gère à côté certains projets seule (plus dans la captation d’événements). Parfois, n’ayant pas déterminé de « tête pensante » pour un mandat, chacun se met naturellement à assembler les pièce du projet. On se connait bien et avons l’habitude de travailler ensemble, alors tout roule !

Chacun sait qu’il vaut mieux faire une seule chose correctement plutôt que d’en faire plusieurs bâclées et nous l’approuvons. Mais ! Dans une petite équipe comme la nôtre et dans un pays comme la Suisse (qui soit dit en passant n’est pas LE pays du Cinéma), on ne peut pas s’en sortir si l’on ne sait faire qu’une seule chose. Alors oui, on possède plusieurs casquettes. Lorsque le budget le permet, nous préférons donner un poste à un professionnel d’une branche plutôt que de tout faire par nous même. La hiérarchie est ultra importante dans notre milieu et doit absolument être respectée, surtout sur le plateau.

Joel : En général nous restons soudés dans la construction d’un projet. Effectivement, lorsqu’un membre prend la casquette  du metteur en scène, les autres contribuent à l’épauler et à l’aider à développer son projet. Personnellement j’interviens  plus sur le travail de l’écriture.

Concernant les acteurs de vos courts-métrages et séries, j’ai constaté qu’un grand soin était apporté à leur direction, et que vous preniez le temps de soigner cette recherche. Comment les choisissez-vous? Est-ce du bouche à oreille, des auditions, des coups de cœur ? Quelle est la marge de liberté que vous leur laissez sur un plateau ?

Joel : Tout dépend du projet et du profil recherché, je pense qu’il s’agit d’abord d’une « rencontre » avec un comédien, puis vient ensuite un rapport de confiance dans le travail effectué en amont et sur le plateau. Chaque histoire est différente, chaque projet aussi et chaque relation avec un comédien nous pousse à travailler différemment, à découvrir de nouvelles choses sur la direction d’acteur comme sur nous-mêmes.

Ruben : Un acteur doit pouvoir incarner le personnage d’un film au millimètre près. En tant que réalisateur c’est très important de bien lui expliquer nos intentions, il faut travailler minutieusement pour exploiter au maximum ses capacités d’interprétation. Ce que j’adore au cinéma, c’est que l’acteur doit arriver à un stade où il s’approprie complètement le personnage et que tout ce qu’il reproduit devant l’objectif paraisse naturel aux yeux du spectateur,  c’est uniquement à ce moment qu’on peut lui donner cette marge de liberté. Après, ça dépend toujours du comédien qu’on a en face de nous.  Mon choix se porte souvent sur les coups de coeur, j’admire ces personnes qui ont déjà une personnalité intéressante et qui peuvent facilement paraître naturelles face à une caméra, comédien-nes confirmé-es ou pas. Jusqu’à maintenant j’ai utilisé plusieurs styles de casting, mon préféré reste le casting sauvage, c’est-à-dire trouver une personne dans la rue ou encore sur les réseau sociaux, n’ayant pas forcément d’expérience mais collant parfaitement au personnage.

Océane : Nous avons plusieurs actrices/acteurs avec qui nous apprécions travailler, que nous contactons directement quand l’un-e deux rentre parfaitement dans un rôle. Mais il nous arrive d’avoir à faire à des rôles dont nous imaginons extrêmement bien le personnage et, dans ce cas, ça devient de la psychose ! Nous lançons des castings et des annonces pour trouver LA pépite correspondante. Concernant la marge de liberté, ça dépend du réalisateur, chacun à sa manière de travailler. Certaines projets se tourne parfois en « freestyle ». Pour ma part, j’aime que tout soit absolument préparé en pré-prod, ça me réconforte, mais quand parfois un acteur est à fond et qu’il propose ses idées de jeu, c’est là que la magie s’opère et que la symbiose s’éveille  !

Un travail précis est effectué sur l’image, on sent que rien n’est laissé au hasard et qu’il y a volonté de poser une ambiance dès la première seconde. Vos choix de lieux sont-ils à l’origine d’une idée ou au service du scénario ?

Ruben : Cela dépend du projet, il arrive qu’on se promène et qu’on repère un lieu qui correspond exactement à ce qu’on avait en tête, alors on fait tout pour l’avoir dans le film, jusqu’à modifier le scénario pour que le lieu intègre l’histoire.

Océane : Par exemple, lors d’un tournage d’un documentaire comme “La Tierra del Silencio”, faute de moyens au préalables pour les repérages, c’est plutôt les lieux se présentant à nous qui nous inspirent et nous aident à tisser nos images entre elles.

Ruben : Si par contre, nous avons déjà un scénario qui impose une ambiance et qui décrit un décor bien précis, nous allons mettre les lieux au service du scénario afin de reproduire exactement la même ambiance décrite noir sur blanc.

Joel: Le plus dur, je pense, est de retranscrire en image ce que vous avez imaginé. Tout doit être au service de votre narration; certains lieux peuvent eux aussi raconter une histoire et donc être un plus pour votre projet.

Océane : Le travail de l’image est selon moi, aussi important qu’une bonne narration. Certes il peut y avoir des images de mauvaise qualité qui ne handicapent pas la compréhension d’une histoire, mais comme tu le dis si bien, l’ambiance doit être posée et l’image doit être réfléchie.

La Suisse occupe une grande place dans vos images, mais plus récemment vous avez offert la part belle au Chili pour le documentaire « La Tierra del Silencio ». Comment se déroule un tournage à l’autre bout du monde ?

Océane : Avec Ruben, si nous avions bien une idée commune, c’était celle là. Pour un premier long métrage, nous avons préparé le projet comme on a pu pendant plus de 6 mois, avec l’aide de Patrick Müller à la production. Le sujet touchant les peuples indigènes du chili, et bien sûr la nature et ces fameux paysages auxquels ils sont liés, nous n’avions pas forcément de contacts sur place pour aiguiller nos parties narratives. Nous sommes donc partis avec une ébauche, mais sans scénario, à l’aventure quoi ! Par contre, nous avions préparé des recherches et un trajet détaillé des trois mois avec plus ou moins une semaine de “lest” au cas où. Donc au niveau des paysages, nous savions ce que nous voulions voir et pourquoi.

Ruben : Quand on part pour la première fois tourner un documentaire en format long-métrage, durant 3 mois à l’autre bout du monde, j’avoue qu’on n’est pas vraiment en mesure de comprendre comment va se dérouler notre tournage sur place. Avec Océane nous avons soigneusement tracé un trajet partant de la Patagonie et allant jusqu’à Arica, la dernière ville tout au nord du Pays. De double nationalité chilienne et ayant souvent été dans mon deuxième pays, je connaissais déjà quelques endroits; je proposais à Océane et de son côté, en faisant ses recherches, elle m’en suggérait également.

Nous avons eu quelques contraintes concernant le rechargement des batteries et les conditions météorologiques… Nous étions constamment à l’affût de tout, par peur de louper une séquence importante du film, surtout qu’on avait pas la possibilité d’y retourner pour rattraper des plans. Dans ce genre de projet c’est l’instant présent qui compte. Ça ajoute du challenge et de l’adrénaline !

Océane : Ce projet a cassé nos codes dans la manière de le tourner et de le vivre. Notre volonté de mettre ce pays et ses peuples en avant a été respectée, et nous sommes fiers de ça, autant que lorsqu’on tourne un film qui parle de la Suisse.

Quelle place offrez-vous au son dans vos créations ?

Océane : Dans nos travaux, le son est très important. Nous travaillons en lien étroit avec notre ingénieur du son Arthur Probst et le compositeur Bruno Dias, qui font partie intégrante de l’équipe Emerging Artist. La création sonore et musicale pour un projet se réfléchit en amont, avec des références, besoins, intentions, directions. Par la suite, leur travail s’assimile à de la réalisation, mais sonore. Plusieurs de nos courts-métrages sont muets : sans leurs travaux sur ces films, l’accroche et la compréhension du spectateur aurait été tout autre, et certainement moindre !

Ce qui me plaît beaucoup dans votre travail, c’est la volonté toujours présente de raconter une histoire, ce qui selon moi lie tous vos projets. Quels sont les éléments indispensables à un bon scénario ?

Ruben : C’est gentil, merci ! On essaye effectivement de raconter des histoires originales de façon à ce qu’on puisse retransmettre un message et une émotion de manière subtile… Selon moi un bon scénario doit avoir des personnages captivants, une bonne construction narrative et beaucoup d’imagination.

Océane : L’écriture c’est comme tout, c’est bien d’avoir les bases mais c’est en pratiquant que l’on se perfectionne. Dans le groupe, c’est Joel qui écrit le plus et qui a le rôle du scénariste. Mais il nous arrive à chacun d’écrire notre histoire.

Les bases telles qu’une bonne séquence d’introduction, un élément déclencheur fort, les trois nœuds dramatiques qui s’en suivent, le climax et le dénouement du scénario sont, pour ainsi dire, indispensables, mais parfois c’est l’exception qui fait la règle. Il nous arrive d’assembler des éléments plus “freestylement” ! Et plus les courts-métrages sont courts, plus il est difficile de raconter une histoire de sorte à ce que le spectateur soit vraiment « pris » et s’accroche au personnage en peu de temps. C’est challenge ! Mais nous, on aime le challenge…

Joel : Si on comparait un film à un arbre, alors le scénario serait le tronc. Je pense que tout vient du propos, du discours et du message qu’il véhicule. La technique n’est rien si une histoire est mauvaise.

Que puis-je vous souhaiter pour la suite ?

Joel : Humm… des films, des films et encore des films!

Oceane : Vivre du métier qui nous plaît ! Et être toujours dans le positif. Beaucoup trop de gens se réveillent le matin et commencent toutes leurs mêmes journées routinières avec un goût âpre de la vie. Et bien moi je ne veux pas ! Et si je meurs demain ? Dans le milieu de l’audiovisuel et du cinéma, il y a plein de très grands métiers qui sont sous-estimés, négligés ou simplement méconnus du grand public. Alors oui, certes, tout n’est pas rose et on a fait des choix qui en font grincer plus d’un dans notre entourage. Mais bon, on aime ce qu’on fait, avec passion et minutie. Que ça continue de plus belle ! Il nous reste tellement de choses à apprendre, des projets à réaliser, de gens à rencontrer…

Ruben : Cette année est importante pour Emerging Artists car elle devient une vraie société. Nous espérons produire et réaliser tous types de projets audiovisuels et qui sait, un jour produire uniquement de la fiction. Le plus important pour moi c’est de garder toujours la même créativité et la même énergie. Nous n’aurions pas pu arriver jusqu’ici sans l’aide majeure de Patrick Müller, qui nous aide pour beaucoup de projets. Sans lui, nous serions au stade de petit collectif. On en profite pour le remercier de croire en nous et nous permettre d’évoluer. Il est un peu le papa prod de EA. Nous avons un documentaire format long-métrage en post-production et plusieurs projets de courts-métrages pour l’année 2018. Nous nous réjouissons de vous montrer nos prochains projets.

Merci à vous, on se réjouit également de la suite, bonne route !

Source: NEOS

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